Une précision d’abord. ORELLIA accompagne un projet partout en France, mais notre siège est à Nice et nous n’avons ni agence ni équipe dans le Calvados. Ce que nous savons faire, c’est passer une ville au même filtre que toutes les autres, sur des sources publiques datées — y compris quand le résultat n’arrange personne.
Le marché caennais : 2 973 € le mètre carré, et + 7 % en un an
Nous avons lu directement la base publique des ventes immobilières — les « demandes de valeurs foncières » publiées par la direction générale des finances publiques, qui recensent les transactions réelles passées devant notaire. Sur la commune de Caen, 1 656 ventes d’appartements du millésime 2025 ressortent à une médiane de 2 973 € le mètre carré, avec la moitié centrale du marché entre 2 445 et 3 585 €, et un premier décile à 2 055 €. Le millésime 2024 donnait 2 778 € sur 1 520 ventes : + 7,0 % d’une année sur l’autre. Un relevé commercial dit la même chose : efficity, indice de septembre 2026, situe l’appartement ancien caennais à 3 110 € le mètre carré et son évolution à + 5,6 % sur douze mois, sans garantie.
Retenez ce point, parce qu’il contredit la réputation de la ville : Caen a longtemps figuré parmi les grandes villes françaises les moins chères, et les ventes de 2025 disent que ce n’est plus tout à fait vrai. Par typologie, nos médianes 2025 : 3 538 € le mètre carré pour un studio, 3 000 € pour un deux-pièces, 2 753 € pour un trois-pièces, 2 602 € pour un quatre-pièces. La surface médiane vendue est de 51 m², pour un prix médian de 142 000 €.
Ce qui soutient ce niveau tient au recensement INSEE 2023, paru le 27 août 2026 : 109 400 habitants, seulement 8,9 % de logements vacants (6 353 sur 71 593), et surtout 68,6 % de ménages locataires — contre 49,7 % à Nice. Deux tiers de la ville louent. La nuance compte : 21,7 % des résidences principales sont des HLM loués vides, donc le parc privé ne capte pas les deux tiers du marché, mais un peu moins de la moitié.
Les quartiers, lus dans les ventes réelles
Nous avons croisé chaque vente de 2025 avec les contours IRIS de l’IGN — le découpage statistique officiel de la commune, 51 secteurs. Les médianes qui suivent portent donc sur des ventes réelles, pas sur des annonces. Le nombre de ventes est donné : en dessous d’une vingtaine, une médiane ne veut plus dire grand-chose.
| Secteur (IRIS) | Médiane 2025 | Ventes | Surface médiane |
|---|---|---|---|
| Préfecture | 3 891 €/m² | 77 | 54 m² |
| Le Port | 3 660 €/m² | 42 | 61 m² |
| Université | 3 636 €/m² | 33 | 29 m² |
| Le Château | 3 491 €/m² | 98 | 39 m² |
| Saint-Gilles (le Vaugueux) | 3 448 €/m² | 63 | 39 m² |
| Théâtre | 3 327 €/m² | 60 | 64 m² |
| Saint-Jean | 2 944 €/m² | 75 | 72 m² |
| Le Marais | 2 260 €/m² | 52 | 50 m² |
| La Grâce de Dieu Ouest | 2 121 €/m² | 23 | 60 m² |
| Pierre Heuzé Nord | 1 875 €/m² | 15 | 67 m² |
Trois lectures, et elles suffisent à orienter une recherche. La première : le centre reconstruit se paie moins cher au mètre carré et se vend beaucoup plus grand. Il couvre les secteurs Saint-Jean et Théâtre, que la rue Saint-Jean traverse ; la surface médiane vendue y atteint 72 et 64 m², contre 39 autour du château et 29 près de l’université. C’est la signature du bâti d’après-guerre — des plans généreux, des pièces carrées, des immeubles bien structurés — et c’est là que se joue le sujet énergétique de la section suivante.
La deuxième : le vieux Caen — le château et, juste à côté, le Vaugueux, dont les ventes tombent dans le secteur Saint-Gilles — est un marché de petites surfaces, autour de 39 m² de médiane et de 3 500 € le mètre carré, où l’on achète du charme et de l’emplacement, pas du rendement. La troisième : les secteurs bon marché du sud et du nord sont d’abord des secteurs de logement social. La Guérinière Ouest n’a enregistré que quatorze ventes en 2025, et La Guérinière Est aucune vente d’appartement ni en 2024, ni en 2025 dans la base publique : il n’y a presque rien à y acheter, et c’est une information en soi.
Deux atouts de situation, enfin, qui expliquent la demande sans faire baisser le calcul : la mer commence à Ouistreham, à une quinzaine de kilomètres au bout du canal — nous avons consacré un guide entier à l’investissement en bord de mer et à ce qu’il coûte vraiment —, et Paris-Saint-Lazare est à environ deux heures de train d’après la SNCF.
Les loyers : ce que dit l’ANIL, et ce qu’il faut en retirer
La seule source publique de loyers pour Caen est la « carte des loyers » de l’ANIL et du ministère chargé du logement, jeu 2025. Aucun observatoire local des loyers agréé ne couvre l’agglomération caennaise : le jeu 2025 du réseau publie 35 agglomérations, dont une seule en Normandie, celle d’Alençon. Pour Caen, la prédiction est calculée directement sur la commune, à partir de 34 193 annonces :
- 13,83 €/m² pour l’ensemble des appartements ;
- 15,96 €/m² pour les logements d’une ou deux pièces ;
- 12,25 €/m² pour les trois pièces et plus.
Deux avertissements, et ils comptent. Le premier : cet indicateur est charges comprises, alors que notre règle des 800 € se calcule sur le loyer hors charges, le seul qui vous revienne. Nous en retirons environ 10 % dans tous les calculs de cette page, ce qui donne des repères hors charges d’environ 12,45 €/m² tous appartements, 14,37 €/m² sur les petites surfaces et 11,02 €/m² au-delà. Le second : c’est une prédiction de loyer d’annonce pour un logement de référence non meublé, pas un loyer constaté bail par bail. Pour l’échelle, la même source donne 20,43 €/m² à Nice.
Posé à l’envers, notre filtre donne un plafond de coût total au mètre carré : il faudrait rester sous 1 796 € le mètre carré pour un une ou deux-pièces, et sous 1 378 € pour un trois-pièces ou plus. Or le prix médian, augmenté des seuls frais de notaire, atteint déjà 3 196 € le mètre carré. Autrement dit : au prix médian et au loyer relevé, Caen rend 378 € par tranche de 100 000 € sur un trois-pièces et 415 € sur un petit logement, contre 800 demandés. Il manque la moitié du chemin, et nous n’avons pas encore parlé de travaux.
Le diagnostic énergétique : pourquoi le calendrier pèse plus lourd ici
Caen a été détruite en 1944 puis reconstruite. Le recensement le montre encore : 4,2 % seulement des résidences principales datent d’avant 1919, contre 31,1 % achevées entre 1946 et 1970 — 19 047 logements — et 30,4 % entre 1971 et 1990. La ville est un cas d’école du parc d’après-guerre : grandes surfaces, bonne structure, et une enveloppe conçue avant toute exigence thermique.
Le calendrier, d’abord, parce qu’il circule beaucoup et mal. Nous l’avons relu sur Légifrance : l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi Climat et résilience du 22 août 2021, fixe le niveau de performance minimal d’un logement décent aux classes A à F depuis le 1er janvier 2025, A à E au 1er janvier 2028, A à D au 1er janvier 2034. En clair : un G ne se loue plus, un F ne se louera plus dans seize mois, un E tombera en 2034. Nous n’avons trouvé aucune modification postérieure de ce texte. Une réforme du calcul est en revanche actée : un arrêté du 19 août 2026 abaisse au 1er janvier 2027 le coefficient de conversion de l’électricité de 1,9 à 1,7, ce qui améliorera l’étiquette de certains logements tout électrique sans travaux — aucun ne sera dégradé, et la mise à jour est gratuite auprès de l’observatoire de l’ADEME.
Reste à savoir ce que cela vaut à Caen. La base publique des diagnostics de l’ADEME recense 40 020 diagnostics d’appartements sur la commune, dont 47,3 % portent sur des logements construits entre 1948 et 1974. Dans cette tranche : 46,9 % sont classés D, 24,0 % E, 7,0 % F et 3,1 % G. Soit un logement sur trois déjà sous le seuil de 2034, et un sur dix sous celui de 2028. Le parc d’avant 1948, plus rare, est encore plus exposé : 12,0 % de F et 8,0 % de G.
Deux nuances honnêtes. Ce sont des diagnostics, pas des logements : un même bien peut en porter plusieurs, et le parc vendu ou loué y est surreprésenté — c’est justement celui qui vous intéresse. Et la réforme du coefficient électrique ne sauvera qu’une minorité du parc caennais : dans la tranche 1948-1974, le chauffage est au gaz naturel dans 40,5 % des cas, sur le réseau de chaleur urbain dans 37,5 %, et tout électrique dans 18,6 % seulement. La suite se règle en travaux, et souvent en assemblée de copropriété plutôt que chez vous. Notre guide sur l’achat d’une passoire thermique détaille ce que l’on peut faire seul et ce qui dépend de l’immeuble.
Un exemple chiffré, travaux énergétiques compris
Posons un cas entièrement construit pour l’exercice — ce n’est pas un dossier réel, la maison n’en publie aucun —, mais chaque ligne suit notre méthode. Un trois-pièces de 70 m² dans le centre reconstruit, classé E, affiché 195 000 €, à sortir de sa classe avant 2034.
D’abord, le coût total
Loyer retenu : 850 € hors charges en meublé rénové. Le repère ANIL pour un trois-pièces caennais est de 12,25 €/m² charges comprises, soit 857 € pour 70 m², et environ 772 € une fois les charges retirées. Notre hypothèse dépasse donc le repère public d’environ 10 % : c’est une hypothèse de l’exercice, pas une promesse.
Sur le prix négocié
459 €
850 € de loyer pour 185 000 €. Déjà loin du seuil.
Au coût total
350 €
Notaire, rénovation énergétique, remise en état et meubles : 242 875 €.
Exemple pédagogique. Les 28 000 € de travaux énergétiques, à eux seuls, font passer le dossier de 396 à 350 € par tranche. C’est le prix de la conformité en 2034.
Le financement, ensuite. Avec 40 000 € d’apport, il reste 202 875 € à emprunter ; sur vingt ans à 3,15 % — une hypothèse, la Banque de France relevant 3,27 % en moyenne en juin 2026 —, la mensualité ressort à 1 140 €, plus 57 € d’assurance emprunteur.
Ensuite, une année de location
Soit environ − 750 € par mois à sortir de votre poche. Un dossier qui ne franchit pas notre filtre et qui coûte cher chaque mois.
Le verdict est donc non, et il faut dire à quelle condition il deviendrait oui. Pour atteindre 800 € par tranche avec ce loyer, le coût total devrait tomber à 106 250 € : travaux et meubles déduits, cela veut dire acheter à 827 € le mètre carré, un niveau atteint par 0,3 % des ventes de 2025 — cinq sur 1 656. Autant dire jamais.
Reste la colocation, qui est le seul levier sérieux dans une ville de 37 331 étudiants. Un 90 m² du centre reconstruit acheté 243 000 €, avec 40 000 € de rénovation énergétique, 15 000 € d’aménagement et 12 000 € de meubles, revient à 328 225 € de coût total pour quatre chambres à 420 € — un loyer d’hypothèse, comme le reste de cet exercice : 512 € par tranche, et environ − 460 € par mois. Le meilleur scénario caennais reste sous le seuil. Pour le franchir en colocation, il faudrait acheter ce 90 m² à 1 478 € le mètre carré, soit 1,1 % des ventes de 2025. La mécanique est détaillée dans notre guide du cash flow, et le chiffrage des travaux dans celui de l’investissement locatif avec travaux.
Les pièges propres à Caen
- Le permis de louer, secteur de la gare. Depuis le 1er octobre 2022, toute mise en location dans le périmètre défini par la délibération du conseil municipal du 28 mars 2022 — rue d’Auge, place de la Gare, rue Jules-Oyer, rue de Falaise, rue Canchy, entre autres — exige une autorisation préalable de la Ville, à redemander à chaque changement de locataire. L’amende atteint 5 000 €, 15 000 € en cas de récidive. Le périmètre peut avoir évolué : un appel en mairie avant l’offre, pas après.
- La ville est en zone tendue. Caen figure dans la liste des communes de plus de 50 000 habitants marquées par un déséquilibre entre l’offre et la demande — l’annexe du décret du 10 mai 2013, celle qui sert aussi à la taxe sur les logements vacants. Conséquence directe pour un bailleur, au titre du décret du 27 juillet 2017 reconduit chaque année : à la relocation, le loyer ne peut pas dépasser celui du précédent locataire, sauf première location, vacance de plus de dix-huit mois, ou travaux d’amélioration d’au moins une année de loyer réalisés en moins de six mois. Une rénovation lourde vous rend la main sur le loyer ; un simple rafraîchissement, non.
- Une taxe foncière parmi les plus lourdes. Le taux global de taxe foncière bâtie s’établit à 52,64 % en 2025 à Caen, contre 40,91 % en moyenne sur les 34 874 communes du fichier de la DGFiP et 42,43 % à Nice. Le montant dépend de la valeur locative de chaque bien : demandez l’avis d’imposition du vendeur avant de faire une offre, jamais après.
- La presqu’île n’est pas un pari sûr. Le projet urbain porte sur plus de 300 hectares depuis 2010 et a déjà livré la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville, le Dôme, le Cargö, le palais de justice. Mais le secteur Nouveau Bassin est suspendu dans l’attente d’une étude lancée en juin 2023 sur l’élévation du niveau de la mer à l’horizon 2100 dans la basse vallée de l’Orne. Acheter là en pariant sur un calendrier, c’est parier sur une étude que personne n’a lue.
- Le E d’aujourd’hui est le G de demain. Un bien classé E se loue encore, se vend moins bien, et deviendra inlouable en 2034. Sur un immeuble collectif des années 1950 ou 1960, l’isolation des façades et le chauffage se votent en assemblée générale, pas chez vous : procès-verbaux, plan pluriannuel de travaux et fonds de travaux se lisent avant l’offre, pas après.
- Une demande solide, des revenus modestes. 78 296 emplois, dont 47,0 % dans l’administration, l’enseignement, la santé et l’action sociale — l’université et le centre hospitalier tiennent la ville —, mais 15,0 % de chômage des 15-64 ans, un taux de pauvreté de 24,2 % et un revenu médian disponible de 23 650 € (INSEE, 2023). Le dossier du locataire et la garantie pèsent ici plus lourd que vingt euros de loyer en plus.
Comment ORELLIA accompagne un projet caennais
ORELLIA est une société de conseil et de coordination. Elle ne vend ni bien, ni crédit, ni montage : chaque métier est exercé par un professionnel indépendant qui contracte directement avec vous, et votre argent ne transite jamais par nous. Notre siège est à Nice ; nous n’avons ni agence, ni équipe à Caen — et nous n’en avons pas besoin. La recherche du bien revient à un agent immobilier titulaire de la carte professionnelle, que vous mandatez et qui travaille sur le terrain caennais ; le dossier bancaire revient au courtier, dont le réseau couvre la France entière.
Ce que nous faisons, c’est le reste : nous posons la cible, nous écrivons le mandat de recherche que l’agent recevra, nous passons chaque bien proposé au calcul de cette page — devis de rénovation énergétique compris, parce qu’à Caen c’est lui qui décide — et nous vous remettons un avis écrit sous cinq jours, y compris pour dire non. Le premier appel avec l’équipe dure trente minutes et il est gratuit ; le rendez-vous stratégie est tenu par Axel Orel en personne ; nous prenons dix dossiers à la fois, pas plus. Le parcours complet, en treize étapes, est décrit dans notre méthode, et notre guide du premier investissement locatif en donne la version longue.
L’outil de la maison
Le simulateur de rentabilité ORELLIA
Entrez un prix caennais, un devis de travaux, un loyer : il pose le calcul complet — coût total, cash flow mensuel, règle des 800 € par tranche de 100 000 € — et rend son verdict. Gratuit, sans inscription.
Ouvrir le simulateurEt si vous préférez poser vos chiffres avec quelqu’un, le premier appel dure trente minutes, il est gratuit, et il sert exactement à ça — y compris pour vous dire qu’un beau trois-pièces caennais classé E, aussi lumineux soit-il, ne fera pas un bon premier dossier.