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Conseils · Le déficit foncier

Le déficit foncier : le seul levier qui touche vos autres revenus.

La réponse en brefMis à jour en septembre 2026

Le déficit foncier ne s’applique qu’à la location nue au régime réel — jamais au meublé. Quand les charges et les travaux d’une année dépassent les loyers, la part qui ne vient pas des intérêts d’emprunt se retranche de votre revenu global, salaires compris, jusqu’à 10 700 € par an — 21 400 € pour des travaux qui sortent le logement des classes E, F ou G, jusqu’au 31 décembre 2027. Le reste se reporte dix ans sur vos seuls revenus fonciers. Et il engage : le logement doit rester loué, sinon l’avantage est repris.

Le mécanisme entier, texte à l’appui : ce qui se déduit et ce qui ne se déduit pas, comment le report fonctionne, un exemple chiffré sur cinq ans à 30 % puis à 41 % de tranche — et les trois choses que le déficit foncier ne fait pas.

Ce que le déficit foncier fait, et à qui il ne sert pas

Presque tous les avantages fiscaux de l’immobilier locatif se contentent d’effacer l’impôt sur les loyers. Le déficit foncier fait autre chose, et c’est le seul : il descend d’un cran plus bas et vient réduire le revenu imposable de tout le foyer — salaires, pensions, rémunérations de gérance. C’est ce qui explique son attrait, et aussi les malentendus qui l’entourent.

Deux conditions le ferment d’emblée. La première : la location doit être nue. Les loyers d’un logement vide sont des revenus fonciers ; ceux d’un meublé sont des bénéfices industriels et commerciaux, et un déficit de cette catégorie ne s’impute que sur des bénéfices de même nature. Aucun meublé, quelle que soit sa formule, n’ouvre le déficit foncier. La seconde : le régime réel. Au micro-foncier — jusqu’à 15 000 € de loyers bruts, avec un abattement forfaitaire de 30 % —, aucune charge ne se déduit, donc aucun déficit ne se constate. L’option pour le réel est irrévocable trois ans (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 15 avril 2026). La vue d’ensemble des régimes est dans notre guide de l’impôt sur les loyers.

Le mécanisme, règle par règle

Le plafond de 10 700 €, et les intérêts à part

Le principe tient dans une phrase de l’article 156, I, 3° du code général des impôts : « L’imputation est limitée à 10 700 €. » Ce plafond porte uniquement sur la part du déficit qui ne provient pas des intérêts d’emprunt. Les intérêts, eux, sont traités séparément : le revenu brut foncier est « toujours réputé compenser prioritairement les intérêts d’emprunt » (BOFiP, BOI-RFPI-BASE-30-20 du 16 septembre 2025, § 100). Traduction pratique : tant que vos intérêts annuels restent inférieurs à vos loyers encaissés, aucune part du déficit n’est réputée venir d’eux, et la totalité peut prétendre au plafond. Quand ils les dépassent, l’excédent ne descendra jamais jusqu’à vos salaires.

Le plafond doublé à 21 400 €, jusqu’en 2027

La limite est portée à 21 400 €, à hauteur des dépenses de travaux de rénovation énergétique qui font passer le logement d’une classe E, F ou G à une classe A, B, C ou D. Le devis doit avoir été accepté à compter du 5 novembre 2022, et les dépenses payées au plus tard le 31 décembre 2027 (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 15 avril 2026 ; article 156, I, 3° du code général des impôts dans sa version en vigueur au 1er juillet 2026). La preuve se fait par deux diagnostics de performance énergétique, l’un avant et l’autre après les travaux (BOI-RFPI-BASE-30-20, § 280) ; la liste des travaux éligibles vient du décret n° 2023-297 du 21 avril 2023. Une réserve honnête : le commentaire du BOFiP, daté du 16 septembre 2025, ne couvre encore que les dépenses payées jusqu’au 31 décembre 2025 — la prolongation figure dans la loi et sur service-public.gouv.fr, mais la date exacte de paiement se vérifie avec l’expert-comptable. Le calendrier des interdictions de louer, lui, est dans notre guide sur l’achat d’une passoire thermique.

Le report : dix ans, six ans, deux compteurs

Ce qui dépasse le plafond ne disparaît pas, mais il change de guichet. La fraction supérieure à 10 700 € — ou à 21 400 € — et celle qui provient des intérêts d’emprunt s’imputent « exclusivement sur les revenus fonciers des dix années suivantes ». Et si votre revenu global d’une année ne suffit pas à absorber la part imputable, cette part se reporte six ans sur le revenu global. Deux compteurs, donc, qui ne communiquent pas.

Trois ans de location, sous peine de reprise

L’imputation sur le revenu global n’est pas acquise : l’immeuble doit rester « affecté à la location jusqu’au 31 décembre de la troisième année qui suit l’imputation » (BOI-RFPI-BASE-30-20, § 340). Vendre, reprendre le logement pour soi, le laisser vide ou le passer en meublé avant ce terme entraîne la reconstitution du revenu global des années concernées et le paiement de l’impôt évité (§ 370). Le texte prévoit des exceptions : invalidité, licenciement, décès du contribuable ou de son conjoint, expropriation.

La règleCe qu’elle dit
Mode de locationNue seulement, au régime réel
Imputation sur le revenu global10 700 € par an, hors intérêts
Plafond majoré21 400 € — E, F ou G vers A, B, C ou D, dépenses payées jusqu’au 31 décembre 2027
Intérêts d’empruntJamais sur le revenu global ; revenus fonciers des dix années suivantes
Excédent du plafondRevenus fonciers des dix années suivantes
EngagementLouer jusqu’au 31 décembre de la troisième année qui suit l’imputation

Ce qui se déduit, et ce qui ne se déduit pas

C’est là que se joue la moitié des redressements. Le texte distingue trois familles de travaux, et une seule est exclue.

  • Réparation et entretien : déductibles. Ce sont les travaux « ayant pour objet de maintenir ou de remettre un immeuble en bon état et d’en permettre un usage normal […] sans en modifier la consistance, l’agencement ou l’équipement initial » (BOI-RFPI-BASE-20-30-10 du 3 février 2014, § 10). Toiture, plomberie, électricité remises en état, remplacement d’une chaudière à l’identique.
  • Amélioration : déductible en habitation. Celles qui apportent « un équipement ou un élément de confort nouveau ou mieux adapté aux conditions modernes de vie, sans modifier cependant la structure de cet immeuble » (§ 70). L’article 31, I, 1°, b du code général des impôts les admet pour les locaux d’habitation. Isolation, double vitrage, salle d’eau créée dans un volume existant.
  • Construction, reconstruction, agrandissement : non. Le même article les exclut expressément. Le BOFiP les définit comme les travaux qui apportent « une modification importante au gros-œuvre », les aménagements internes « qui par leur importance équivalent à une reconstruction », ou ceux qui « ont pour effet d’accroître le volume ou la surface habitable » (§ 110). Abattre les murs porteurs d’un appartement entier, créer une mezzanine, fermer une terrasse : hors jeu.

Se déduisent aussi, chaque année, les charges de copropriété non récupérables, la taxe foncière, l’assurance propriétaire non occupant, les frais de gestion et les intérêts d’emprunt. Une remarque de trésorerie : contrairement au meublé au réel, la location nue au réel n’impose pas de comptabilité — mais elle impose de conserver les factures, et la frontière entre amélioration et reconstruction se tranche facture par facture. Le chiffrage d’un chantier avant l’offre est détaillé dans notre guide de l’investissement locatif avec travaux.

Un exemple pédagogique : 55 000 € de travaux, cinq ans de calcul

Ce cas est entièrement construit pour l’exercice : ce n’est pas un dossier réel, et chaque hypothèse est annoncée. Un trois-pièces de 62 m² classé F, dans une ville de province — pas à Nice, où l’ancien tourne autour de 4 500 à 5 500 € le mètre carré à l’été 2026, sans garantie, ce qui rend ce montage beaucoup plus difficile. Affiché 150 000 €, négocié 138 000 € parce qu’il ne sera plus louable au 1er janvier 2028. Le chantier vise la classe C.

D’abord, le coût total

Prix négocié138 000 €
Frais de notaire (environ 7,5 %)10 350 €
Travaux, dont plus de 21 400 € d’énergie55 000 €
Coût total — la vraie base de calcul203 350 €

Hypothèse de l’exercice : la totalité des 55 000 € relève de l’entretien, de la réparation ou de l’amélioration. C’est précisément la ligne que l’expert-comptable vérifie.

Avec 20 000 € d’apport, il reste 183 350 € à emprunter. Sur vingt ans à 3,15 % — une hypothèse, quand la Banque de France relevait 3,27 % en moyenne en juin 2026 —, la mensualité ressort à environ 1 031 €, plus 52 € d’assurance emprunteur à 0,34 %. Les intérêts de la première année s’élèvent à 5 680 €. Le loyer nu après travaux : 850 € par mois hors charges, soit 10 200 € par an, dont 9 690 € réellement encaissés après 5 % de vacance.

Le compte foncier de la première année

Loyers encaissés9 690 €
Travaux déductibles− 55 000 €
Frais de gestion (7 % de l’encaissé)− 678 €
Charges de copropriété non récupérables− 1 100 €
Taxe foncière− 1 050 €
Assurance propriétaire non occupant− 190 €
Intérêts et assurance d’emprunt− 6 303 €
Déficit foncier de l’année− 54 631 €

Les intérêts (6 303 €) restent inférieurs aux loyers (9 690 €) : aucune part du déficit n’est réputée venir d’eux.

La première année, 21 400 € se retranchent donc du revenu global. Les 33 231 € restants partent en report, sur les seuls revenus fonciers des dix années suivantes. Voici ce que valent ces 21 400 € selon la tranche marginale du foyer.

Tranche à 30 %

6 420 €

D’impôt en moins la première année.

Tranche à 41 %

8 774 €

Le même déficit, le même logement.

Sous réserve que l’imputation ne vous fasse pas changer de tranche : le calcul exact se fait sur votre déclaration.

Les années suivantes, le report ne s’impute plus que sur le résultat foncier positif — et celui-ci est petit, parce que le crédit tourne encore. Voici les cinq premières années, à loyer et charges constants, ce qui n’arrivera pas dans la vraie vie.

AnnéeRésultat foncier avant reportReport utiliséReport restantImpôt évité (tranche 30 %)
1− 54 631 €21 400 € sur le revenu global33 231 €6 420 €
2+ 583 €583 €32 648 €275 €
3+ 803 €803 €31 845 €379 €
4+ 1 031 €1 031 €30 814 €487 €
5+ 1 266 €1 266 €29 548 €598 €

À partir de la deuxième année, l’économie compte deux étages : la tranche marginale et les 17,2 % de prélèvements sociaux, puisque c’est du revenu foncier qui est effacé. Bilan sur cinq ans : 8 159 € d’impôt évité avec une tranche à 30 %, 10 917 € avec une tranche à 41 %. Et 29 548 € de report encore en réserve.

Le problème est là. Ce report ne peut se consommer que sur des revenus fonciers, et le déficit constaté en 2026 s’éteint après les revenus de 2036. En prolongeant le tableau à charges constantes, les années 6 à 10 absorbent environ 10 100 € de plus : près de 19 400 € de report expireraient sans avoir jamais servi. Sauf à posséder d’autres logements loués nus, qui dégagent des revenus fonciers à effacer.

Ce que le déficit foncier ne fait pas

Trois choses, que l’on lit rarement écrites en toutes lettres.

  • Il ne crée pas de trésorerie. Dans l’exemple, le compte bancaire de la première année sort à − 6 320 €, soit environ − 527 € par mois. L’économie d’impôt de 6 420 € ramène l’effort de la première année à peu près à l’équilibre — puis la deuxième année, avec 275 € d’impôt évité seulement, l’effort revient à environ − 6 045 €. L’avantage fiscal est concentré sur une année ; la mensualité, elle, dure vingt ans.
  • Il ne sauve pas une opération bancale. Ici, 850 € de loyer pour 203 350 € investis font 418 € par tranche de 100 000 €, très loin de notre seuil de 800 €. Aucun déficit foncier ne comble un tel écart. C’est un accélérateur d’une opération déjà tenable, pas un correcteur.
  • Il ferme la porte au meublé pendant trois ans. Le logement doit rester loué nu jusqu’au 31 décembre de la troisième année qui suit l’imputation. Si votre plan consistait à faire les travaux en nu puis à basculer en meublé, il faut choisir : notre guide meublé ou vide pose la comparaison complète.

Déficit foncier ou amortissement du meublé : la comparaison honnête

Les deux effacent de l’impôt, mais pas le même, et pas au même prix.

Le critèreDéficit foncier (nu, réel)Amortissement (meublé, réel)
Ce qu’il réduitLe revenu global, salaires comprisLes seuls loyers du meublé
Coût réelDes travaux payés en entierUne écriture comptable, aucune sortie d’argent
Durée de l’effetUne année forte, puis un report qui s’étioleRégulier, souvent plus de quinze ans
Prélèvements sociaux17,2 %18,6 % depuis les revenus 2025
À la reventeLes travaux déduits ne peuvent pas majorer le prix d’acquisitionLes amortissements sont réintégrés dans la plus-value depuis le 15 février 2025
EngagementLouer nu trois ans de plusAucun, mais une comptabilité chaque année

La ligne de la revente mérite une précision. En location nue, les dépenses déjà déduites du revenu sont exclues du prix d’acquisition retenu pour la plus-value : on ne déduit pas deux fois (article 150 VB, II, 4° du code général des impôts ; BOI-RFPI-PVI-20-10-20-20, § 240 et 250). En meublé, depuis le 15 février 2025, les amortissements pratiqués viennent en outre gonfler la plus-value imposable — notre guide sur la plus-value du meublé le détaille. Ce ne sont pas les mêmes mécanismes, et le second coûte plus cher à la sortie. Une troisième voie existe depuis 2026 pour la location nue, l’amortissement du statut du bailleur privé, avec ses propres plafonds et neuf ans d’engagement.

Comment on tranche, et avec qui

Le déficit foncier ne se décide pas après coup : il se décide avant l’offre, parce qu’il commande le mode de location, le montage du crédit, l’ordre des devis et l’année de paiement des factures. Dans l’accompagnement, la question se pose au rendez-vous stratégie, puis se tranche avec l’expert-comptable, qui en fait partie. Et la première chose qu’on regarde n’est pas le déficit : c’est le calcul de rentabilité.

L’outil de la maison

Le simulateur de rentabilité ORELLIA

Entrez un prix, une enveloppe de travaux, un loyer : il pose le coût total, le cash flow mensuel et la règle des 800 € par tranche de 100 000 €, puis rend son verdict. Gratuit, sans inscription — et c’est ce verdict qui vient avant le choix fiscal.

Ouvrir le simulateur

Ce que l’accompagnement ORELLIA prévoit ensuite : la recherche du bien, le rapport de faisabilité, le chiffrage des travaux, et un seul interlocuteur du premier appel à la mise en location.

Vos questions

Le déficit foncier : ce qu’on nous demande.

Comment fonctionne le déficit foncier ?

Il ne concerne que la location nue au régime réel. Quand les charges déductibles d’une année dépassent les loyers encaissés, la différence est un déficit foncier. La part qui ne provient pas des intérêts d’emprunt se retranche de votre revenu global — salaires compris — jusqu’à 10 700 € par an ; le reste se reporte sur vos seuls revenus fonciers des dix années suivantes. En contrepartie, le logement doit rester loué jusqu’au 31 décembre de la troisième année qui suit l’imputation (BOFiP, BOI-RFPI-BASE-30-20, 16 septembre 2025).

Quel est le plafond du déficit foncier ?

10 700 € par an sur le revenu global, hors intérêts d’emprunt (article 156, I, 3° du code général des impôts). La limite est portée à 21 400 € à hauteur des travaux de rénovation énergétique qui font passer le logement d’une classe E, F ou G à une classe A, B, C ou D, pour des dépenses payées au plus tard le 31 décembre 2027 (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 15 avril 2026). Deux diagnostics de performance énergétique, l’un avant et l’autre après les travaux, servent de preuve.

Combien de temps le déficit foncier se reporte-t-il ?

Dix ans, mais pas n’importe où : la fraction qui dépasse le plafond annuel et celle qui vient des intérêts d’emprunt ne s’imputent que sur des revenus fonciers, pendant les dix années suivantes. Si le revenu global d’une année ne suffit pas à absorber la part imputable, celle-ci se reporte six ans sur le revenu global. Le piège est arithmétique : sans autre logement loué nu, un gros report se consomme lentement, et ce qui reste au bout de dix ans est définitivement perdu.

Peut-on faire du déficit foncier en meublé ?

Non. Les loyers d’un meublé sont des bénéfices industriels et commerciaux, pas des revenus fonciers : leurs déficits ne s’imputent que sur des bénéfices de même nature, pendant dix ans. Le meublé au réel a son propre mécanisme, l’amortissement, qui efface l’impôt sur les loyers mais ne touche jamais vos salaires. Autre conséquence, souvent oubliée : basculer en meublé un logement dont vous avez imputé le déficit, avant la fin de la troisième année qui suit, fait tomber l’avantage et l’impôt est réclamé.

Le déficit foncier fait-il gagner de l’argent ?

Il fait gagner de l’impôt, pas de la trésorerie. Un euro de travaux ne rend jamais un euro : il rend votre tranche marginale d’imposition, plus les 17,2 % de prélèvements sociaux sur les revenus fonciers qu’il efface. À 30 % de tranche, 21 400 € imputés valent 6 420 € d’impôt en moins — pendant que les travaux, eux, ont été payés en entier. Le déficit foncier améliore une opération déjà viable ; il ne rattrape pas une opération qui perd de l’argent tous les mois.

Le premier appel

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