Deux guides voisins couvrent le reste du sujet : le profil de l’emprunteur dans devenir finançable, le montage du crédit dans comment financer un investissement locatif. Restent deux questions qu’aucun des deux ne chiffre : ce que le sans-apport coûte, et ce que la banque exige en échange.
« Sans apport » ne veut pas dire « sans argent »
Le mot trompe. Acheter sans apport pour louer ne signifie pas acheter sans rien sortir de sa poche : cela signifie que la banque prête le prix du bien et les frais de l’opération, au lieu du seul prix. L’épargne n’a pas quitté le dossier — elle a changé de place.
Ces frais, dans l’ancien, ce sont d’abord les frais de notaire. Notre méthode retient environ 7,5 % du prix : sur un bien négocié 120 000 €, 9 000 € à trouver le jour de la signature. C’est cette somme-là, et non le prix, qui fait le vrai sujet du sans-apport — et elle ne se récupère jamais à la revente.
D’où l’expression consacrée. Un prêt 110 %, c’est 100 % du prix plus une dizaine de points de frais : notaire et garantie. Mais dès que le prêt finance aussi les travaux et les meubles, on dépasse ce seuil : dans l’exemple plus bas, il atteint 125 % du prix affiché — et une banque ne lit pas les deux demandes de la même façon.
Une précision qui vise l’investisseur. L’article 116 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 autorise les départements à porter leurs droits d’enregistrement jusqu’à 5 % jusqu’en mars 2028, mais écarte la hausse quand le bien est une première propriété destinée à la résidence principale — jamais le cas d’un locatif. Et selon la table de la direction générale des finances publiques au 1er février 2026, 86 des 99 départements et collectivités listés appliquent le taux plein.
Pourquoi une banque dit parfois oui plus vite sur un locatif
Premier fait : la règle publique ne parle pas d’apport. La mesure du Haut Conseil de stabilité financière, confirmée sans changement le 3 mars 2026, plafonne deux choses seulement : le taux d’effort à 35 %, assurance comprise, et la durée à 25 ans — 27 avec un différé quand les travaux atteignent 10 % du coût total, le cas de l’investissement locatif avec travaux. Aucune quotité de financement, nulle part. Refuser un prêt sans apport n’applique donc pas la loi : c’est une politique commerciale, qui change d’un trimestre à l’autre.
Deuxième fait : le bien produit un revenu. Dans le calcul du taux d’effort, le loyer attendu — retenu autour de 70 % par l’usage bancaire — s’ajoute à vos revenus au dénominateur. Une résidence principale, elle, ne fait qu’ajouter une charge.
Troisième fait, fiscal. Au régime réel, les intérêts d’emprunt se déduisent des loyers — le d du 1° du I de l’article 31 du code général des impôts —, et le BOFiP y range « au même titre » les frais d’emprunt, jusqu’aux primes d’assurance exigées par le prêteur (BOI-RFPI-BASE-20-80, 1er septembre 2017). Sur une résidence principale, les mêmes intérêts ne se déduisent de rien : voyez notre guide de l’impôt sur les loyers.
Et voici où l’argument s’arrête. Les banques disposent d’une marge de dérogation — 20 % de leur production trimestrielle — dont au moins 70 % est réservée à la résidence principale. Sortir du cadre, c’est passer en dernier : le sans-apport se gagne à l’intérieur des 35 %, jamais par l’exception.
Ce que la banque exige en contrepartie
Une banque qui renonce à l’apport ne renonce pas à la sécurité : elle la déplace. Quatre exigences reviennent — plus l’évidence : le sans-apport ne s’obtient pas en trouvant la bonne banque, mais en n’ayant rien à se reprocher ailleurs.
- L’épargne résiduelle : le vrai critère. Ce qui reste sur vos comptes une fois l’opération signée. Aucun texte public n’en fixe le niveau et nous n’en inventerons pas : c’est une politique interne. Le principe, lui, est constant — cette ligne suffit souvent à faire basculer la décision. Raisonnez en mois de mensualité, pas en euros ronds.
- La domiciliation : une demande, pas une obligation. L’article L. 313-25-1 du code de la consommation autorisait le prêteur à conditionner son offre à la domiciliation des salaires ; il a été abrogé par la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019, article 206, avec effet au 24 mai 2019. Elle ne peut donc plus être une condition du contrat, seulement une demande commerciale dont le taux dépend souvent : un point de négociation, pas une fatalité.
- L’assurance emprunteur, sur une assiette plus large. Sans apport, vous n’assurez pas 120 000 € mais 150 000 € : dans notre exemple, 42,50 € par mois au lieu de 34 €. Aucune banque ne prête sans elle — mais rien ne vous oblige à prendre la sienne : la loi n° 2022-270 du 28 février 2022 permet d’en changer à tout moment.
- Une garantie, parfois doublée d’un nantissement. Caution ou hypothèque : faites-la chiffrer en euros, elle fait partie des frais que le 110 % est censé couvrir. Sans apport, la banque demande parfois en plus le nantissement d’une assurance-vie : le contrat reste le vôtre, mais vous n’y touchez plus sans son accord. Cette épargne bloquée la rassure ; elle ne vous protège plus de rien.
Le coût réel du sans-apport, chiffré
Posons un cas construit pour l’exercice — pas un dossier réel, la maison n’en publie aucun. Un appartement ancien négocié 120 000 €, rénové et meublé, visant 1 200 € de loyer mensuel hors charges.
D’abord, le coût total
Le filtre de la maison d’abord : 1 200 € pour 150 000 € investis, c’est exactement 800 € par tranche de 100 000 € — notre minimum, à ne retenir que dans un secteur très demandé. Et sans apport, le prêt porte sur 150 000 €, soit 125 % du prix affiché.
Trois façons de financer le même bien, sur vingt ans à 3,15 % — une hypothèse ; la Banque de France relevait 3,27 % de taux moyen en juin 2026 — avec une assurance emprunteur à 0,34 %.
| Le même bien, 150 000 € de coût total | Sans apport | Apport : les frais (9 000 €) | Apport de 30 000 € |
|---|---|---|---|
| Capital emprunté | 150 000 € | 141 000 € | 120 000 € |
| Mensualité, assurance comprise | 886 € | 833 € | 709 € |
| Taux d’effort, méthode HCSF | 21,9 % | 20,6 % | 17,5 % |
| Cash flow mensuel | − 71 € | − 17 € | + 107 € |
| Coût du crédit sur 20 ans | 62 569 € | 58 815 € | 50 055 € |
| Sorti de votre poche en tout | 212 569 € | 208 815 € | 200 055 € |
Exemple pédagogique, calculs faits sur les valeurs non arrondies ; le taux d’effort suppose un foyer à 3 200 € nets mensuels sans autre crédit. Les trois montages passent largement sous les 35 %, et c’est tout le point : ce n’est pas le HCSF qui bloque le sans-apport. Lisez plutôt les deux dernières lignes. Tout emprunter au lieu d’apporter 30 000 € coûte 12 514 € de plus sur vingt ans ; emprunter les seuls frais de notaire, 9 000 €, en coûte 3 754 €. C’est le prix d’un service : garder son épargne disponible — un coût brut, dont une partie se déduit des loyers au réel.
Le sans-apport, une année de location complète
Environ − 71 € par mois à sortir de votre poche, quand le même bien financé avec 30 000 € d’apport dégage + 107 €. C’est là que le sans-apport se paie vraiment : non dans le coût du crédit, qu’on oublie, mais dans les 177 € de trésorerie mensuelle. La mécanique : notre guide du cash flow.
À qui la réponse est non
Disons-le franchement : le sans-apport n’est pas la porte d’entrée des dossiers fragiles, mais un service que les banques rendent à ceux qui pourraient s’en passer.
- À qui n’a aucune épargne. Le malentendu central. « Sans apport » ne veut jamais dire « sans épargne » : votre épargne de précaution reste exigée, elle reste simplement chez vous plutôt que chez le notaire.
- À qui a des découverts sur ses relevés. Sans apport, la banque n’a plus qu’un indice sur votre rapport à l’argent : la tenue de vos comptes.
- À qui n’est pas encore stable. Période d’essai, statut d’indépendant récent : le sans-apport est la première chose qu’une banque retire quand elle doute de la durée.
- À qui achète une opération qui ne passe pas déjà le filtre. Le sans-apport n’a jamais rendu bonne une mauvaise opération : il rend une opération médiocre déficitaire, plus vite.
- À qui cherche « la banque qui dit oui ». Il n’existe pas de liste, seulement un état du moment : c’est au courtier de dire si le sans-apport est jouable, ou quel apport minimal débloquerait le dossier.
Reste le cas où la réponse est oui, et où la vraie question en devient une autre : faut-il le faire ? Emprunter davantage pour garder son épargne se défend quand cette épargne travaille ailleurs. Beaucoup moins quand elle dort pendant que le cash flow passe dans le rouge.
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Les six lignes du tableau sortent de la même mécanique, et elle est publique. Changez l’apport : tout bouge ensemble.
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