Aucun texte n’impose le CDI
Commençons par ce qui n’existe pas. Aucune règle française ne subordonne un crédit immobilier à un contrat à durée indéterminée. Le code de la consommation demande autre chose : avant de prêter, la banque doit vérifier que les échéances « seront vraisemblablement respectées » et procéder à « une évaluation rigoureuse de la solvabilité de l’emprunteur » (article L. 313-16, en vigueur depuis le 1er juillet 2016, lu sur Légifrance le 7 septembre 2026). Le contrat de travail n’y est pas mentionné une seule fois.
Le cadre chiffré vient d’ailleurs : du Haut Conseil de stabilité financière, règles confirmées le 3 mars 2026. Taux d’effort de 35 % au plus, assurance emprunteur comprise ; durée plafonnée à 25 ans, 27 quand les travaux atteignent 10 % du coût total ; marge de dérogation sur 20 % des dossiers, dont 70 % réservée à la résidence principale. Pour un investisseur, cette marge est presque vide : les 35 % sont une vraie barre. Là non plus, pas un mot sur le CDI.
Pourquoi cette question revient-elle toujours ? Parce que le CDI est un raccourci : il répond en trois lettres à ce que la banque veut savoir — ce revenu tombera-t-il encore dans cinq ans ? Un indépendant met deux ou trois bilans à démontrer la même chose. Ce raccourci n’est pas une loi : c’est une politique d’établissement, et elle ne s’écrit pas de la même façon d’une enseigne à l’autre. Sans CDI, déposer dans une seule banque n’a donc aucun sens.
Le socle commun, lui, ne bouge pas — endettement, reste à vivre, tenue des comptes, apport. Notre guide devenir finançable le traite en entier ; cette page n’y revient pas.
Ce que la banque cherche derrière le CDI
Quand le contrat ne répond pas à sa place, ce sont ces preuves-là qu’il faut apporter. Elles valent pour tous les profils qui suivent.
- La régularité, avant le montant. Un revenu moyen qui tombe tous les mois depuis trois ans vaut mieux, à ses yeux, qu’un revenu élevé en dents de scie. Elle prête sur vingt ans : c’est la répétition qui l’intéresse.
- L’ancienneté, comptée en années. Pas celle du contrat en cours : celle de l’activité, tous contrats confondus. Un intérimaire de six ans dans le même secteur a une histoire ; un CDI de trois semaines n’en a pas.
- Une trace écrite qu’elle peut relire. Avis d’imposition, bilans, contrats, relevés du compte professionnel. Ce qui ne se prouve pas sur un document n’entre pas dans son calcul.
- L’épargne qui reste après la signature. Preuve que vous savez mettre de côté, et amortisseur — de quoi tenir plusieurs mensualités sans locataire et sans revenu.
Salarié, mais pas en CDI
La période d’essai : c’est non
Seul cas où la réponse est franchement non, quelle que soit la banque : tant que l’essai court, l’employeur peut rompre sans se justifier, et personne ne prête vingt ans là-dessus. La loi la plafonne à deux mois pour un ouvrier ou un employé, trois pour un agent de maîtrise, quatre pour un cadre, renouvelable une fois (service-public.gouv.fr, fiche mise à jour le 12 août 2026 ; code du travail, art. L. 1221-19 et suivants). Au pire, huit mois. Montez le dossier pendant, déposez après : un ou deux bulletins de salaire une fois l’essai passé, et surtout pas de compromis signé en espérant que ça passera.
Le CDD long et renouvelé
Un CDD n’interdit rien, mais il porte une date de fin, et la banque la lit. À défaut d’accord de branche, la loi le plafonne à dix-huit mois au total, deux renouvellements compris (code du travail, art. L. 1242-8-1 et L. 1243-13) : personne ne peut présenter huit ans du même contrat. Ce qu’elle regarde à la place, c’est la chaîne — des contrats sans trou, deux ou trois avis d’imposition qui se ressemblent, un employeur qui renouvelle —, et beaucoup d’établissements exigent en plus que le contrat coure encore après le déblocage des fonds.
L’intérim, avec de l’ancienneté
Même logique, avec un intermédiaire de plus : une mission est plafonnée elle aussi à dix-huit mois en principe (code du travail, art. L. 1251-12 et suivants). Ce qui compte est le cumul — attestation de l’agence, plusieurs années de missions sans interruption longue, des revenus sur lesquels la banque prendra une moyenne, pas le meilleur mois. Un point souvent ignoré : le CDI intérimaire, créé par la loi du 5 septembre 2018 (art. L. 1251-58-1 à L. 1251-58-8), est un contrat à durée indéterminée, avec une rémunération mensuelle minimale garantie même entre deux missions. Il se présente comme tel, et il change tout.
La fonction publique contractuelle
Un agent contractuel n’est pas un titulaire, et la banque le sait : elle examine l’ancienneté, la nature du besoin, la perspective de renouvellement. Une règle joue en votre faveur : dans la fonction publique de l’État, un contrat conclu ou renouvelé avec un agent justifiant de six ans de services publics auprès de la même autorité est conclu pour une durée indéterminée (code général de la fonction publique, art. L. 332-4 ; règles voisines dans la territoriale et l’hospitalière). Approcher de ce seuil est un argument ; l’avoir franchi vous replace dans la catégorie des CDI.
Indépendants : ce que valent vos exercices
Le raisonnement change de nature : la banque ne cherche plus un contrat, elle cherche des exercices clos. Deux au minimum, trois le plus souvent — et disons-le nettement, c’est un usage, pas une règle de droit, variable d’un établissement à l’autre. Le revenu retenu est presque toujours une moyenne, jamais la meilleure année.
Freelance et micro-entrepreneur
On vous demandera les deux ou trois dernières déclarations, les avis d’imposition, l’extrait d’immatriculation et les relevés du compte dédié. Et un piège fiscal se referme ici : sous le régime micro, la banque retient le bénéficeaprès abattement forfaitaire, jamais le chiffre d’affaires. L’administration fixe cet abattement à 71 % pour la vente et la fourniture de logement, 50 % pour les prestations de services en BIC, 34 % pour les BNC et les activités libérales (impots.gouv.fr, consulté le 7 septembre 2026). Autrement dit : 46 000 € encaissés en prestations deviennent 23 000 € de revenu aux yeux du banquier. Le régime micro fait payer moins d’impôt et paraître plus pauvre : si un emprunt est prévu, cet arbitrage se pose avec un comptable, longtemps avant le rendez-vous.
Profession libérale
Déclarations de bénéfices non commerciaux, deux à trois exercices, avis d’imposition, inscription à l’ordre quand la profession en a un. Les professions réglementées et installées — santé, droit, chiffre — sont en pratique parmi les profils non salariés les mieux accueillis. Une installation récente change ce tableau, et un rachat de patientèle ou de clientèle encore en cours de remboursement plus encore : ce crédit professionnel entre dans le calcul des 35 %.
Gérant de société
Deux dossiers derrière un même mot. Le gérant majoritaire de SARL est un travailleur non salarié : on lira ses rémunérations, les bilans de la société sur deux ou trois exercices, sa trésorerie, ses dettes, parfois son compte courant d’associé. Le gérant minoritaire ou le président de SAS, assimilé salarié, présente des bulletins de paie — plus proche d’un salarié classique, à cela près qu’un mandat social se révoque. Les dividendes, eux, ne comptent que s’ils se répètent, et souvent pour partie seulement.
Artiste-auteur
Les revenus d’un artiste-auteur se déclarent en traitements et salaires, en bénéfices non commerciaux, ou dans les deux catégories la même année (Urssaf, espace artiste-auteur, consulté le 7 septembre 2026). Cette double nature déroute les grilles automatiques : le dossier passe rarement au premier guichet et se défend mieux à l’oral, pièces en main — trois avis d’imposition, des contrats en cours, une épargne régulière malgré des rentrées qui ne le sont pas.
Saisonnier
Le profil le plus difficile après la période d’essai, parce que les revenus s’arrêtent une partie de l’année. Ce qui se prouve : trois avis d’imposition aux totaux proches, des employeurs qui reprennent d’une saison à l’autre — une clause de reconduction vaut de l’or —, et une épargne qui traverse l’hiver. Ce qui débloque le plus souvent : un co-emprunteur au revenu continu.
Ce qui compense, et un exemple chiffré
Aucun de ces profils ne se finance sur sa seule bonne volonté. Ce qui fait basculer un dossier sans CDI tient en cinq contreparties, à peu près dans cet ordre d’efficacité.
- Un apport au-dessus du minimum. Chaque euro réduit la mensualité, donc le taux d’effort, donc le risque tel que la banque le mesure.
- L’épargne résiduelle. Ce qui reste sur les comptes le lendemain de la signature : pour un revenu irrégulier, c’est souvent l’argument le plus convaincant du dossier.
- Un co-emprunteur en CDI. Le raccourci revient par la fenêtre, et il fonctionne. À manier avec soin : on engage deux personnes, et la sortie de l’un se prépare avant, pas après.
- Des revenus locatifs déjà là. Un premier bien qui tourne, déclaré, avec deux avis d’imposition à l’appui : c’est le sujet de notre guide du deuxième investissement locatif.
- Un endettement quasi nul par ailleurs. Sans CDI, la marge est plus étroite : un crédit à la consommation qui traîne coûte plus cher, en capacité, qu’à un salarié en poste depuis dix ans.
Il en existe une sixième, qui n’est pas de votre côté du dossier : l’opération elle-même. Notre filtre maison — 800 € de loyer mensuel hors charges par tranche de 100 000 € de coût total — est détaillé dans notre guide du cash flow immobilier.
Un exemple construit pour l’exercice : ce n’est pas un dossier réel. Une micro-entrepreneuse en prestations de services, trois exercices clos — 38 000 €, 46 000 € puis 52 000 € de chiffre d’affaires. Après l’abattement de 50 %, le fisc retient 19 000 €, 23 000 € et 26 000 € de bénéfice. Son projet, au coût total :
D’abord, le coût total
Avec 12 850 € d’apport, il reste 90 000 € à emprunter. Sur vingt ans à 3,15 % — une hypothèse : la Banque de France relevait 3,27 % en moyenne en juin 2026 —, la mensualité ressort à près de 506 €, plus 25,50 € d’assurance emprunteur à 0,34 % : environ 531 € par mois. Le loyer meublé attendu, 850 € hors charges, représente 826 € par tranche de 100 000 € de coût total : le filtre des 800 € passe, sans marge. La banque n’en retiendra qu’environ 70 %, soit 595 €, ajoutés aux revenus. Reste la question : quel revenu ?
| Ce que l’établissement retient | Revenu mensuel retenu | Taux d’effort sur ce projet | Mensualité maximale à 35 % |
|---|---|---|---|
| La moyenne des trois exercices | 1 889 € | 21,4 % | 869 € |
| La moyenne des deux derniers | 2 042 € | 20,2 % | 923 € |
| Le plus faible des trois | 1 583 € | 24,4 % | 762 € |
Même personne, mêmes pièces, même projet : 161 € d’écart sur la mensualité acceptable entre la lecture la plus large et la plus prudente. Ici, les trois passent ; sur une opération plus lourde, la troisième aurait dit non pendant que la deuxième disait oui. Voilà ce que veut dire « politique d’établissement », en euros. Le montage — apport, durée, différé, assurance, courtier — est détaillé dans notre guide comment financer un investissement locatif.
Quand il vaut mieux attendre, et combien de temps
Attendre n’est pas renoncer, et c’est parfois la seule réponse honnête. Des ordres de grandeur, selon ce qui manque :
- Jusqu’à la fin de la période d’essai, plus un ou deux bulletins de salaire. Deux à huit mois selon votre catégorie — et la date est connue d’avance.
- Jusqu’au deuxième, souvent au troisième exercice clos pour une activité indépendante : dix-huit à trente-six mois après le démarrage.
- Jusqu’à ce que la chaîne de contrats soit lisible en CDD ou en intérim : deux à trois ans sans trou, ou la signature d’un CDI intérimaire.
- Jusqu’aux six ans qui transforment le contrat en CDI dans la fonction publique, quand ce seuil est à portée.
Une règle vaut pour tout le monde : ne changez pas de statut juste avant de déposer. Quitter un CDI pour se lancer en freelance trois mois avant un dossier, c’est repartir de zéro. Quand les deux sont décidés, l’ordre est : emprunter d’abord, changer ensuite.
Ce temps-là n’est pas perdu : c’est celui où l’on assainit les comptes, où l’on bâtit l’apport en automatique et où l’on choisit sa stratégie — le point de départ de notre guide du premier investissement locatif.
L’outil de la maison
Le simulateur de rentabilité ORELLIA
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Ouvrir le simulateurEt si vous voulez savoir où vous en êtes aujourd’hui, le premier appel dure trente minutes, il est gratuit, et il sert exactement à ça — y compris pour vous dire « pas encore, et voilà dans combien de temps ».